Vers la société et l’école inclusives


Une orientation forte de l‘Entraide universitaire

Motion adoptée par le Bureau du 19 juin 2018, proposée par Bruno Egron, Vice-Président de l’Entraide Universitaire, Président de la commission « Scolarisation des enfants en situation de handicap »

Depuis le début du siècle, les politiques sociales, médico-sociales et sanitaires s’orientent vers une participation de plus en plus importante des publics « vulnérables » à la vie sociale. Pour cela, elles ont fortement modifié les missions, l’organisation et le fonctionnement des structures et services dédiés à l’accompagnement des personnes. La récente orientation vers une société inclusive, provenant tout d’abord de l’ONU (2010), reprise par l’Union européenne et les différents gouvernements français en est le prolongement mais aussi une rupture notionnelle marquante.

La loi du 11 février 2005 a introduit les notions de compensation et d’accessibilité. La compensation regroupe les aides de toute nature à la personne pour lui permettre de vivre en milieu ordinaire, et l’accessibilité est la « conception de produits, d’équipements, de programmes et de services qui puissent être utilisés par tous, dans toute la mesure du possible, sans nécessiter ni adaptation ni conception spéciale » (CRDH, 2006). Cet ensemble vise, dans ses objectifs, le maintien dans la société de la personne handicapée avec un postulat : l’adaptation de l’environnement pour les plus fragiles (handicapés, malades, personnes âgées …) profite à l’ensemble de la population.

Les pratiques ont montré que compensation et accessibilité jouent souvent l’une contre l’autre. Les établissements médico-sociaux (dispositifs de compensation), par leur fonctionnement souvent « fermé » (ce n’est pas une critique de l’action des professionnels, mais de leur conception), freinent le maintien ou la construction des habitudes et savoirs sociaux, rendant difficile sinon impossible un retour en milieu ordinaire.
Face à ces constats, il est fait le choix de privilégier l’accessibilité sur la compensation (mais sans supprimer cette dernière), c’est le changement de paradigme que propose la société inclusive pour les établissements et services médico-sociaux : œuvrer à construire une accessibilité universelle de façon à réduire les actions de compensation pour toute personne à besoins particuliers.

Les actions de l’Entraide universitaire sont guidées par ses valeurs et ses orientations : l’appartenance, la laïcité, la citoyenneté, la solidarité, l’égalité et l’équité qui l’invitent à être un acteur engagé en faveur d’une société inclusive et demande que tous ses établissements, quel que soit le public accueilli, s’engagent dans ce sens, car nous pensons que l’éducation consiste à faire participer chacun dans un objectif de liberté et que « c’est comme citoyens que nous devenons humains » (Paul Ricoeur).

En ce qui concerne la scolarisation, cet engagement s’accompagne d’une certaine prudence. Prudence qui ne doit cependant pas être entendue comme une réticence ou un refus, mais comme un souhait de tenir compte du fait que nous sommes dans une période de transition, que la société n’est actuellement pas inclusive ni accessible, et que les enfants accompagnés aujourd’hui ne doivent pas en souffrir.
La loi de 2005 a affirmé la prévalence du choix des familles quant aux modes de scolarisation et d’accompagnement de leurs enfants. Et beaucoup de ces familles font le choix conscient et raisonné de confier leur enfant à un établissement médico-social. Certaines argumentent, avec raison, en témoignant de la souffrance de leur enfant en milieu ordinaire, à l’école particulièrement.
L’Entraide universitaire est sensible à leur demande, tout en constatant cependant que le fonctionnement des établissements est perfectible et peut être un frein à une future insertion sociale et professionnelle, et que la non accessibilité actuelle de la société ne doit pas être un argument pour se refermer, mais au contraire une raison d’agir pour développer cette accessibilité.

Il y donc aujourd’hui nécessité de réinterroger nos pratiques, de définir de nouvelles orientations, d’identifier les obstacles, de définir des actions, de réinventer nos rôles, pour répondre à une demande sociale, respecter nos engagements associatifs, être fidèles à nos valeurs, dans une logique de parcours et de services co-construits avec nos partenaires et non plus dans une logique d’orientation et de structure, afin de donner aux enfants que nous accompagnons le maximum de chances pour qu’ils puissent choisir leur mode de vie, digne et de bonne qualité.